La campagne, un tendre moment de séduction

La campagne présidentielle, ah, quel moment particulier dans la vie journalistique d’un pays ! Entre les outsiders qui ont sans doute des idées intéressantes mais qu’on n’écoute pas, et les favoris qui proposent plein de choses qu’on ne croit pas, l’effervescence est à son paroxysme.

C’est dans ce contexte qu’on ne peut être dupe. Et même les médias, quelles que soient leurs couleurs politiques non affichées mais connues, ne manquent pas de parler de mission de séduction. Et il est vrai que les prestations de nos politiques en goguette sont finalement assez proche de la drague d’un post-pubère.

Je dois avouer que je trouve l’exercice très périlleux, et encore plus quand on a plusieurs personnes, très différentes, à séduire de manière simultanée. L’exercice de séduction demande de se présenter de la manière la plus valorisante possible, si bien que l’on se doit de mettre ses défauts de coté pour ne montrer que ses qualités. C’est bien là qu’est tout ce jeu de dupe, car une image à laquelle on enlève les défauts n’est pas vraie (et ce ne sont pas les couvertures photoshopée des magazines féminins qui me diront le contraire), mais pour autant, une image sur laquelle on laisse voir les défauts ne permet plus d’en discerner les bons cotés.

Maintenant, imaginez vous à la place d’un beau célibataire, à qui l’on présente 6 femmes, et à qui l’on dit qu’il faut au moins en séduire 3 pour qu’il ne soit plus célibataire (sans quoi, la vie solitaire se poursuivra 5 ans de plus). Jusque là, les rois du speed dating me diront sûrement que c’est une chose aisée. D’autant que parmi les concurrent au speed dating, on n’a gardé que les plus prometteurs. Maintenant, c’est un speed dating un peu particulier, car il faut rencontrer les 6 femmes simultanément. De plus, ces 6 femmes auront plusieurs mois pour se rendre compte de qui vous êtes vraiment, et chaque faux pas pourra être fatal, d’autant plus que les amis des autres célibataires  sont là pour relever et amplifier toutes vos erreurs.

Pour aller plus loin, imaginez qu’aujourd’hui, après avoir un peu fait connaissance (dans la vie politique on appelle ça sondage et enquête d’opinion), vous devez emmener ces belles au restaurant. Considérant que l’une d’elle ne sait pas ce qu’elle souhaite manger, que l’une d’elle est très friante de sushi, que l’une préfère la cuisine relevée, que la quatrième est végétarienne, la suivante préfèrerait un endroit modeste, et la dernière n’est de toute façon jamais satisfaite et trouvera toujours à redire. Il est alors temps de faire un choix, en sachant qu’on ne pourra pas contenter tout le monde. Ah oui, par contre le goût personnel du séducteur est bien entendu mis de côté, on ne montre plus qui on est, on est juste là pour faire plaisir. Bien entendu, comme dans toute relation, une fois la phase de séduction passée et le quotidien installé, on oubliera bien vite les goûts des demoiselles pour les nourrir de saucisses de Francfort ou de hamburgers.

Voilà le contexte dans lequel nous sommes bercés depuis quelques semaines et pour les quelques suivantes à venir. Il s’agit d’observer ces acteurs, d’en tirer le vrai du faux, si tant est que ce soit possible. Et au terme de cette mascarade, il faudra faire un choix. Et souvent, on ne choisira pas de prendre celui qui nous aurait séduit, mais plutôt de ne pas prendre celui qui ne nous plait vraiment pas. Au final, on sait bien que même si on pense avoir fait le moins mauvais choix, nombreux sont ceux qui seront déçus, s’ils ne sont pas outrés, des décisions qui sont prises par ce si beau séducteur.

Par avance, joyeuse saint Valentin à tous.

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